Babylon Berlin saison 3

L’immersion froide et impitoyable dans un Berlin en pleine effervescence. « Babylon Berlin » rempile pour une 3ème saison toujours aussi pointue, toujours aussi élégante. Si ce n’est déjà fait, il n’y a pas une minute à perdre : les 3 saisons sont à dévorer.

Babylon Berlin saison 3

Les Allemands ont longtemps souffert d’un héritage un peu ringard : L’inspecteur Derrick en tête de gondole. Mais l’école sérielle allemande a redoré son blason. À l’image d’une série telle que « Dark » (Netflix), « Babylon Berlin » relève singulièrement le niveau des productions germaniques, pour se profiler comme l’une des plus dignes héritières. L’histoire de Gereon Rath (Volker Bruch), l’inspecteur de la police berlinoise, et son assistante Charlotte Ripper (Liv Lisa Fries) souffle un air nouveau. Une immersion glaciale, entre thriller et drame historique, même sentimentale, la série mastodonte – 40 millions d’euros pour 180 jours de tournage pour les 2 premières saisons – signée par le trio Tom Tykwer, Henk Handloegten et Achim Von Borries expose une vérité toujours plus perfide.

Le meurtre d’une star de cinéma cadre le récit de cette 3ème saison. Le grain et l’élégance des premières saisons sont à nouveau au rendez-vous. La palette de personnages tous plus charismatiques les uns que les autres aussi. Sans oublier l’écriture intransigeante, et cette mise en scène tenue, furieuse et affolante de rythmique. Dans le Berlin des Années folles, en 1929, le commissaire Rath enquête sur cette défunte actrice, mais également – et toujours – sur l’affaire Benda. Un joli pavé dans la mare, un dossier secrètement étouffé par les hautes sphères. L’Allemagne et la République de Weimar s’ouvrent tels des sables mouvants. En somme, tout le monde ment, tout le monde s’apprête à essuyer le chaos – la crise de 29 se prépare à faire de gros dégâts.

« Babylon Berlin » est un désordre permanent, une image peu flatteuse de l’avant Hitler. L’argent sale et les manigances nous emmenant dans les bas-fonds d’une cité berlinoise crasseuse. On aurait presque envie de coller la musique de Falco et « Der Komissar » pour colorer tout ça. Mais « Babylon Berlin » tend vers un genre Shakespearien, contant l’incertitude toujours plus grandissante, entre trahison et amour. L’animalité crue de l’homme souvent dépouillée de règles sociales et morales. Un récit sacrément bien ficelé pour claquer une série qui frôle parfois l’onirisme – une magnifique première séquence pour lancer la saison 3.

Une vélocité ahurissante, des portes qui s’ouvrent pour dévoiler pléthore de situations, « Babylon Berlin » sonde les tendances politiques de l’époque, se faufile au milieu de la pègre ; un spectacle instable et des personnages si proche de sombrer, si vils, si fourbes – l’art de profiter d’un régime proche de l’implosion. Le château de cartes est mûr pour s’effondrer. Un vrai chaos à l’horizon. La fiction inspirée du bouquin de Volker Kutscher, « Le Poisson mouillé », nous dégote l’une des grandes saisons de 2020.