Betty

Dans les rues de Manhattan et les skateparks bondés de la grande pomme, les « Betty », un terme à taper dans urban dictionary pour bien le cerner, une bande de jeunes filles, à la sauce « Girls » (autre série HBO) croisée à un récit de Larry Clark, explore l’amitié et les premiers amours dans la jungle urbaine.

Betty

Tout a débuté avec « Skate Kitchen », film sorti en 2018. En 2020, Crystal Moselle s’essaie à une extension sérielle de son récit original pour prolonger le plaisir d’une victoire silencieuse du matriarcat. Alors certes, ces skateuses un brin caricaturales ont tendance à faire soupirer, mais force est de constater que suivre leurs péripéties tissent quelque chose : les clairons de la sincérité. Ces trashers multiethniques vont et viennent, peuplant un récit qui déborde dans le genre documentaire. Moselle joint la fiction et le documentaire pour en faire un objet cathartique, au plus près d’une communauté volatile.

Débarrassée d’un récit écrit et tenu, « Betty » se démarque par sa narration nonchalante, sans véritable fil conducteur. Le parfait exemple de série spontanée. Un boom de caractères en milieu citadin ; des adolescentes virevoltantes, hyperactives flânant au rythme d’une structure scénaristique totalement débridée. Kirt (Nina Moran), Honeybear (Kabrina Adams), Camille (Rachelle Vindberg), Janay (Dede Lovelace) et Indigo (Ajani Russell) transpercent la mouvance urbaine avec pour objectif d’exister, de dessiner un destin brumeux. À coup sûr la grande force du show : surfer sur ce flou, entre expérience sociale et questionnement adolescent.

« Betty », c’est les grands travaux d’Hercule pour des jeunes femmes désireuses d’en découdre avec le patriarcat – le milieu du skate comme vitrine patriarcale. Ou plutôt, Moselle et sa bande décident d’élever le matriarcat à son firmament – à leur hauteur – sans combattre le patriarcat. Une forme de subtilité militante. Le skate comme expression libératrice de la vie. Gloire aux imprimés et au style hipster, « Betty » plait par ses différentes tonalités, malgré ce soupçon caricatural, et sonne l’hymne d’un « sisterhood » libéré de toute contrainte.