Engrenages

5 ans après le lancement de la série, « Engrenages » baisse le rideau après une 8e et ultime saison. Conclusion satisfaisante ou non ? Canal+ en a sorti des créations originales, mais celle-ci aura tenu plus longtemps que les autres. « Engrenages », série à succès, avait commencé avec l’arrivée du Capitaine Berthaud (Caroline […]

Engrenages

5 ans après le lancement de la série, « Engrenages » baisse le rideau après une 8e et ultime saison. Conclusion satisfaisante ou non ? Canal+ en a sorti des créations originales, mais celle-ci aura tenu plus longtemps que les autres. « Engrenages », série à succès, avait commencé avec l’arrivée du Capitaine Berthaud (Caroline Proust), il y a déjà 15 ans. Les enquêtes se sont succédées et le script de ce baroud d’honneur à de quoi combler ses plus fervents aficionados. Ne dérogeant pas à la règle, la première image sera un corps sans vie. Un jeune immigré retrouvé inanimé à Barbès, à Paris, dans les tambours d’une laverie automatique. À la tête de l’écriture du show depuis la 7e saison, Marine Francou opte pour la continuité : une plume sèche et dure au possible. Laure Berthaud et son équipe sur une affaire de meurtre, Gilou (Thierry Godard) à la case prison et sur le qui-vive pour se rapprocher d’un prisonnier, Cisco (Bruno Lopes alias Kool Shen).

La saison 8 reprend les accents des précédentes : des individus au bord du précipice existentiel. Tous sont confrontés à la rudesse de leur propre existence, surtout quand les remous de la criminalité viennent frapper à leur porte. Chargée de l’enquête, Laure fait équipe avec Ali – le toujours très solide Tewfik Jallab – et ouvre l’enquête sur la mort de Chkoun, un immigré clandestin marocain. Le gamin fait partie d’un gang de mineurs en situation illégale. Ils remontent à Souleymane, le premier coupable dans l’affaire. Petite surprise du chef : Joséphine (Audrey Fleurot) décide de défendre le môme. Une petite épine dans le pied pour notre duo de flics.

« Engrenages » persiste dans la série ultra documentée, misant sur le réalisme avant le divertissement. Tous les niveaux du système sont balayés : du commissariat au bureau des magistrats. Les personnalités sont sondées au plus profond, densifiant le récit grâce à la froideur et l’animalité de l’être humain. Le milieu carcéral et les interrogatoires exposent cette écriture aride, parfois imprévisible. La série a cette qualité de faire grimper la tension, surtout entre les bureaucrates et les flics qui peinent à faire saisir la complexité du terrain. Peut-être un brin scolaire, la série se sert de cette application pour s’infiltrer solidement dans les rouages des autorités françaises débordant sur la politique migratoire. La valse des droits et vices de procédure – croisée aux problèmes personnels -, la 8e saison s’enfonce dans la délinquance juvénile. Une conclusion orchestrée avec sérieux, sans en faire des tonnes, se calant sur une allure cadencée au milieu des strates de la tenaille judiciaire. Mais « Engrenages » assure au-delà du contexte judiciaire, c’est l’aventure humaine qui prime, gardant la sève (originale) et le succès de la série : des êtres cabossés se battant pour faire respecter la justice. Une sortie convaincante pour la 2e DPJ.