Galveston

Mélanie Laurent sait manier la caméra. Coiffant la casquette de réalisatrice et délaissant le costume d’actrice, elle réussit à nous pondre un film crépusculaire, froid comme une lame qui vous tranche la peau.

Galveston

Un gangster nommé Roy (Ben Foster), rongé par la maladie, menant une existence peu glorieuse. Par miracle il se sort d’une fusillade orchestrée par son propre boss (Beau Bridges). Roulé et estropié, la vie ne l’épargne pas et lui met sur son chemin une jeune prostituée nommée Rocky (Elle Fanning). 2 écorchés vifs, 2 laissés-pour-compte. Une fuite inéluctable de la Nouvelle- Orléans vers Galveston, la ville natale de Roy. Dans le fin fond du sud des États-Unis, de bars miteux aux motels crasseux, la chevauchée de Roy et Rocky cristallise les traumas de 2 êtres saignés à blanc.

Mélanie Laurent, en adaptant un roman de Nic Pizzolatto, l’emblématique créateur de la série « True Detective », poursuit cette lancée qu’elle maîtrise : un récit âpre, presque asphyxiant, laissant une belle marge de manoeuvre à ses acteurs. La preuve : Ben Foster excelle, comme d’habitude. Toujours appliqué, précis quand le récit s’emballe. Elle Fanning, projetée dans cette barbarie, réussit à transmettre cette naïveté si importante pour son personnage ; cette gamine paumée et abandonnée. Car « Galveston » est une approche violente, froide, brutale. Une mise en scène en retenue que Laurent intensifie à travers la nature sauvage des hommes, pour arriver au point culminant de la sauvagerie de l’Homme, cette fois-ci avec un grand H.

Un film puissant, une cavale à corps perdu face aux vents et marées. L’écriture de Pizzolatto transmet (toujours) cette douleur, cette noirceur qui transpire des veines de la race humaine. Au crépuscule, le clair de lune éclairant le faciès d’un Ben Foster désespéré, « Galveston » pulse la mélancolie, la délicatesse d’êtres fatigués. Comme une poussière balayée par les vents tempêtueux, « Galveston » croît vers cette dernière parcelle d’humanité qui persiste. Un facteur que Laurent maîtrise et transpose habilement une aventure tragique vers une nouvelle vie, vers des horizons plus doux – ou plus sombres. Un récit âpre en forme de tempête émotionnelle sans fin, jusqu’à l’arrivée de la grande faucheuse.