I Know This Much Is True

Mark Ruffalo dans un rôle « double », explore la maladie mentale dans sa forme la plus profonde. Sous les ordres du talentueux Derek Cianfrance, l’acteur américain brille dans une histoire tirée d’un livre de Wally Lamb, sorti en 1998, pour caresser une relation toxique faite de sacrifices.

I Know This Much Is True

Le calme d’une bibliothèque publique dérangé quand Thomas Birdsey (Mark Ruffalo) décide de s’amputer la main pour protester contre la guerre du Golfe. Une entrée en matière qui exprime la violence froide de « I Know This Much Is True ». Une histoire d’amour entre 2 êtres semblables physiquement, nés à 6 minutes d’intervalle, mais si différents dans le comportement. Schizophrène paranoïaque, Thomas est le jumeau toxique ; Dominick (Mark Ruffalo) est le jumeau dit responsable, l’ange gardien de son frère malade. Deux individus liés par le sang et incarnés par un Mark Ruffalo jouant le funambule entre déviance et crise profonde.

Fragments d’un passé fait de chagrin ; une mère refusant d’avouer l’identité du père biologique, la turpitude d’un beau-père, une vie estudiantine massacrée par son frère, Dominick s’évertue à avancer, à tout simplement vivre. La toxicité d’une telle relation, les sacrifices indispensables pour supporter un frère tel que Thomas le ramène à sa fragilité émotionnelle, à sa propre instabilité.

Un genre qui rappelle les sujets de prédilection de Derek Cianfrance. « I Know This Much Is True » peut être comparée à la pièce manquante de sa tétralogie démarrée avec « Blue Valentine », en 2010. Ajoutons « The Place Beyond The Pines », « The Light Between Oceans » et donc cette nouvelle série pour fermer la parenthèse. Toujours animé par cette délicatesse et cet attachement éternel pour un être quitte à le suivre dans sa névrose ou sa folie, Cianfrance est le réalisateur propice pour ce genre de récit. Il dilue intelligemment son mélodrame, captant couche par couche une mélancolie sublimée par la performance de Ruffalo. En se donnant la réplique, l’acteur américain construit une performance 2 en 1, sorte de miroir de 2 personnalités pas si différentes, à travers les principales étapes de vie : enfance, adolescence, passage à l’âge adulte.

« I Know This Much Is True » trouve ce grain propre à Derek Cianfrance ; une série sèche et intense, qui réussit à ne jamais enrayer sa mécanique dans une partition trop larmoyante et misérabiliste. C’est une vulnérabilité brute qui étreint les 6 épisodes, où Dominick, brisé, se bat pour garder la tête hors de l’eau dans une bulle relationnelle prête à imploser.