I MAY DESTROY YOU

Explorer les effets destructeurs d’une agression sexuelle, Arabella Essiuedu (Michaela Coel) le découvre de manière brutale et sans détour. En prime, une grande remise en question. Avec une approche sans concession du sexe, Michaela Coel crée et incarne une série provocante et emprunte de justesse.

I MAY DESTROY YOU

Une Londonienne insouciante qu’on découvre à Ostia, en Italie. Des vacances au chaud et le bel étalon Biagio en amuse-bouche ; une idylle éphémère comme les escapades estivales en produisent tant. Loin de la chaleur transalpine, Arabella retrouve son quotidien à Hackney, à Londres. Le job et ses tracas reviennent au galop. La jeune femme au look 90’s doit vite remettre l’ouvrage sur le métier : elle est devenue une figure de la nouvelle génération grâce à un papier publié sur le net. Les prémices d’une carrière prometteuse. Résultat : un bouquin, un agent et des projets qui fleurissent.

Tout semble rose – clin d’oeil capillaire – et glorieux. Tandis que la vie semble prendre la bonne direction, elle prend une autre tournure quand une soirée arrosée vire au cauchemar. Une virée nocturne qui provoquera l’origine de ses maux, son traumatisme indélébile : une agression et tout son petit monde s’écroule. Arabella remet en cause son existence, sa carrière, ses amis. Une quête intérieure qui tend vers la comédie bien délurée, avant de prendre des accents dramatiques.

On pense à « Euphoria » (série également sur OCS) et cette odyssée adolescente radicale, questionnant le rapport de la jeunesse à la sexualité. Michaela Coel y va de bon coeur, usant de quelques trésors narratifs pour conter un nouveau quotidien moins réjouissant. Revenant par bribes sur l’agression, sa romance italienne, son adolescence et même l’absence d’un père, Coel trouve une vraie profondeur, disposant les multiples pièces du puzzle sur 12 épisodes. Traverser son passé et son présent pour une immersion dans une jeunesse libérée. Pléthore de parties de jambes en l’air pour amener sur la table un sujet brûlant : la nature des agressions sexuelles.

« I May Destroy You » est provocante, radicale quand elle évoque le viol. Inutile de prendre des pincettes, Michaela Coel expose une vérité difficile à entendre. Broyer du noir avant de se reconstruire, Arabella entame quelque chose d’intimidant : la destruction pour glisser vers l’autodestruction. L’équation est complexe et Arabella intériorise et combat son traumatisme frontalement. Michaela Coel écrit et incarne le portrait dévasté d’une jeune femme qui passe de la joie aux affres du désespoir. Laissant le spectre de l’agression pulser dans ses veines.