La Route Sauvage

Andrew Haigh fait partie de ces cinéastes méconnus, que la gloire n’est pas loin d’illuminer. Après son sublime « 45 Years », « La Route sauvage » nous émerveille par sa justesse, profitant de faire briller le jeune Charlie Plummer. Charley Thompson (Charlie Plummer), un môme qui vit avec son père, plus absent que présent, […]

La Route Sauvage

Andrew Haigh fait partie de ces cinéastes méconnus, que la gloire n’est pas loin d’illuminer. Après son sublime « 45 Years », « La Route sauvage » nous émerveille par sa justesse, profitant de faire
briller le jeune Charlie Plummer.

Charley Thompson (Charlie Plummer), un môme qui vit avec son père, plus absent que présent, plus alerte pour dégoter une nouvelle conquête que pour s’occuper de son propre rejeton. Délaissé, l’adolescent trouve son salut auprès de Del (Steve Buscemi), un entraîneur de chevaux. Les deux vont commencer à tracer la route pour faire concourir « Lean on Pete », un pur-sang proche de la fin de carrière. Un animal que Charley (Charlie Plummer) va chérir de tout son être. Et le jour où son père rend l’âme après une malheureuse bagarre, le garçon s’enfuit avec le
cheval.

Le long voyage qu’entreprend Charley est façonné dans la poussière, sublimé par la plume et la direction d’Andrew Haigh. Basé sur le roman de Willy Vlautin « Cheyenne en automne », « La
Route Sauvage » s’amorce tel un prolongement du précédent film de Haigh – « 45 Years ». Compulsé différemment, mais oeuvrant à travers le prisme d’une thématique centrale: le vide
affectif. Ici, Charley tente de se raccrocher à une bouée imaginaire pour éviter la noyade. Si lui est délaissé par les siens, le cheval est bon pour l’abattoir. 2 âmes abandonnées.

Grâce au canasson, Charley y voit une porte de sortie. Del étant prêt à vendre, le désormais orphelin saute sur l’occasion pour prendre la fuite avec sa nouvelle monture. Sans savoir
réellement où aller, il traverse les longues plaines américaines faisant écho à un Far West moderne. Cette Amérique poussiéreuse explorée rend le film fascinant de symbolisme. Quête intrépide et effrénée pour étreindre une nouvelle liberté.

Charlie Plummer, en vagabond décomposé, éclabousse le métrage de tout son talent. La peau sur les os, les traits presque enfantins, c’est son jeu tout en intériorité qui dessine le destin d’un gamin courageux, si proche de plier mais décidé à ne pas rompre. Un dur à cuir qui se motive à (re)trouver un nid où il pourra rejouer au football, ou simplement vivre une vie normale d’ado. Servie par une mise en scène clinique, ce voyage élégiaque, bourré d’humanité est une grande inspiration, une immense chevauchée infernale et solitaire à travers l’obscurité. À force de fuir, Charley aspire à reprendre son souffle et essuyer ses larmes de dépit. Un simple moment de répit lui suffit. Magnifique !