Lovecraft Country

« Lovecraft Country » est ce drame familial plongé dans un conte horrifique. Misha Green et Jordan Peele s’inspirent du livre éponyme, en centrant le récit dans l’Amérique raciste des années 50. Quand l’horreur est moins tragique que le racisme. Sur le champ de bataille, sorte de chimère étrange, où les soucoupes volantes s’attaquent aux […]

Lovecraft Country

« Lovecraft Country » est ce drame familial plongé dans un conte horrifique. Misha Green et Jordan Peele s’inspirent du livre éponyme, en centrant le récit dans l’Amérique raciste des années 50. Quand l’horreur est moins tragique que le racisme. Sur le champ de bataille, sorte de chimère étrange, où les soucoupes volantes s’attaquent aux êtres humains avant que le légendaire Jackie Robinson, floqué de son numéro 42 (premier joueur noir à intégrer la ligue majeure de baseball), ne viennent régler leurs comptes. Quelle entame! Une scène d’ouverture qui lance parfaitement les hostilités pour Atticus le rêveur.

Atticus Freeman (Jonathan Majors) est un jeune homme à la recherche de son père disparu. Un périple qui va l’emmener à travers les États-Unis et l’amener à rencontrer des créatures d’une autre dimension. Humaines ou surnaturelles, ces créatures sont les différents points d’un univers étendu faisant écho à notre réalité d’aujourd’hui. Le retour d’Atticus de Corée, après son service militaire, explore le racisme d’une Amérique rurale et sans pitié. En partie inspirée de l’oeuvre de Matt Ruff, « Lovecraft Country » se recentre entre les préjugés et le racisme des années 50. Mais pas que. L’histoire nous interroge sur la liberté : Qu’est-ce que la liberté ?

Au centre se trouve la liberté et autour de ça, « Lovecraft Country » se construit sur la peur, sur la violence. La série peut se lire comme une métaphore de la colonisation. Un sous-texte que Misha Green étend hors du roman de Matt Ruff, portant l’intrigue à travers une histoire qui peut paraître manichéenne, mais opportuniste quant aux symboles qu’elle défend. L’incarnation du « privilège blanc », certes, mais avec une pointe de subtilité, bien plus que les « méchants » flics racistes qui s’attaquent à la communauté afro. Pour exemple : une sorte de secte familiale, les Braithwhite, représente une forme de racisme enraciné dans l’Amérique profonde. Leur allure – cheveux blonds platine et la peau aussi pâle que des vampires – marque la différence et force le trait. Abbey Lee,
Jordan Patrick Smith et Tony Goldwyn sont parfaits pour incarner cette dynastie familiale presque mystique.

Outre la dimension sociétale, Misha Green explore différents styles horrifiques pour faire passer son message – un peu comme Jordan Peele, producteur et co-créateur du show. Des épisodes différents, usant de différents styles, de différentes trames narratives. Une audace créative qui a ses défauts : un rythme inégal ; parfois vertigineux, parfois pantouflard. Se refuser à l’establishment blanc en effondrant l’histoire derrière la copule d’exorcismes, de monstres, de rites de sorcellerie et ainsi de suite – l’épisode 3 se passe dans une maison hantée pour donner un exemple. Une pointe d’audace, même si un peu brinquebalante à certains instants, qui nous projette dans une boîte à mystères assez immersive, rythmée par des influences rock, hip-hop, presque anachronique. Un grand chaos sous forme d’expérience sensorielle, grand espace des genres, qui rappelle la patte d’un Jordan Peele. Hommages et inspirations pour une percée étonnante.