Mrs America

Cate Blanchett dans la peau d’une redoutable militante anti-communiste et anti-féministe, contrée par des féministes. Furieuse percée dans le milieu politique, dont le casting entier, surtout Blanchett, se sublime au milieu d’un combat qui englobe plusieurs couches du féminisme. À n’en pas douter, l’une des histoires les plus nuancées traitant du féminisme.

Mrs America

Dans les années 70, Phyllis Schlafly (Cate Blanchett) réussit à empêcher l’adoption. Une figure anti-féministe qui surfe sur la frustration de femmes qui n’ont pas réussi à trouver le bonheur auprès d’hommes. Schlafly, femme détestable, n’ayant pas la moindre peur d’affronter les hommes sur leurs plates-bandes, est une figure indéboulonnable pour empêcher la ratification de l’amendement qui visait à garantir légalité des droits entre les sexes : l’Equal Rights Amendement.

Un combat féministe décrit de manière holistique, plaquant un scénario sur la « seconde vague », pour en dessiner les contours ; d’un côté le conservatisme et de l’autre la révolte. Une pièce d’ensemble où les différentes visions se entrechoquent. Outre Schlafly, on découvre la journaliste, Gloria Steinem (Rose Byrne), Shirley Chisholm (Uzo Aduba) dans la peau de la première candidate noire pour la présidentielle démocrate, et la militante et écrivaine Betty Friedan (Tracey Ullman), au caractère bien trempé. La série est tentaculaire, intelligente quand il s’agit de faire évoluer ses personnages. « Mrs. America » est un épisode historique, peu évoqué, retraçant les secousses sismiques au sein du mouvement féministe. La position conservatrice de Schlafly, farouche opposante au féminisme de prime abord, se révèle, derrière ses discours frontaux, être une féministe sous ses allures de femme traditionnelle. Un anti-genre comme l’est une anti- héroïne, et ça, c’est très habile.

Aussi, « Mrs. America » est une parfaite vitrine du climat mouvementé d’un pays en pleine effervescence. Les femmes désireuses de bousculer la face d’une politique patriarcale, ou plutôt d’une société patriarcale. Sa créatrice, Davhi Waller (« Mad Men ») empoigne le sujet en prenant son temps, disposant intelligemment ses différentes pièces, épisode après épisode. Intransigeante, où les dialogues s’empilent et s’arment tels des uppercuts, « Mrs. America » se transcende grâce à une Cate Blanchett (dans son premier rôle dans une série télévisée américaine) prodigieuse, féroce, véritable pierre angulaire d’une série équilibrée et attrayante.