Patria

En s’intéressant au terrorisme dans le Pays Basque, HBO adapte le best-seller de Fernando Aramburu (Éditions Actes Sud) à l’écran, pour un deuil silencieux, singulier par son intimité et sa veine émouvante. Aitor Gabilondo s’attaque aux violences du mouvement séparatiste basque, en reprenant le roman d’Aramburu. À Donostia (l’appellation basque pour Saint Sebastien) l’ETA terrorise […]

Patria

En s’intéressant au terrorisme dans le Pays Basque, HBO adapte le best-seller de Fernando Aramburu (Éditions Actes Sud) à l’écran, pour un deuil silencieux, singulier par son intimité et sa veine émouvante. Aitor Gabilondo s’attaque aux violences du mouvement séparatiste basque, en reprenant le roman d’Aramburu. À Donostia (l’appellation basque pour Saint Sebastien) l’ETA terrorise les basques, entre de nombreux assassinats et autres incivilités. Une lutte indépendantiste qui fait rage. C’est par le prisme de deux familles que « Patria » lance les hostilités.

La série s’ouvre d’ailleurs par un meurtre, celui de Txato (José Ramon Soroiz). Comme un coup d’oeil dans le rétro, avant de basculer des années plus tard, en 2011, avec le visage vieilli de Bittori (Elena Irureta). L’annonce de l’ETA signifiant qu’ils déposaient les armes, incite la veuve à revenir dans sa ville natale. Un champ de ruines pour elle, une zone sinistrée qui lui doit des réponses : qui a tué son mari de sang froid ? Une histoire s’étirant sur 3 décennies, construisant ce drame complexe parfaitement découpé, dont se dégage les relents d’une vieillesse sclérosée et austère. Les rancunes locales, l’extorsion, la violence extrême ne font que gangréner une série qui s’évertue à s’enfoncer dans un passé douloureux, grâce à 2 actrices éclatantes : Elena Irureta et Ane Gabarain, dans le rôle de Miren son ancienne meilleure amie. Et « Patria » se donne le temps de tout décortiquer et rassembler les pièces du puzzle. Briser l’étroitesse du silence, faire ressurgir cette vérité tue depuis tant d’années.

Derrière cette quête de la véracité, il y a des vies brûlées, des familles consumées par les violences. L’addition a été très salée pour les basques. Et détrompez-vous, la série n’est en rien professorale, il n’est pas question d’en faire un cours d’Histoire. Non, il est surtout question des fractures que provoquent les différends (politiques) dans une petite communauté. « Patria », c’est l’anatomie d’un contexte délicat. De l’ostracisme à l’assassinat, tout peut rapidement basculer. Et c’est en ça que Gabilondo investit subtilement, et tout en intériorité, une histoire qui s’avère plus intime que sociale. Une plongée profonde au milieu de 2 familles, où destruction et laideur forment un alliage dévastateur. Une production efficace et émouvante.