PERRY MASON

Exit la série en noir et blanc diffusée sur CBS dans les années 80. Cette nouvelle version de « Perry Mason » est plus sombre, plus granuleuse, pour explorer les premiers pas d’un futur avocat et enquêteur pugnace. Matthew Rhys y est éclatant.

PERRY MASON

Dès les premières minutes, le millésime 2020 de « Perry Mason » instaure une fluidité dévastatrice, une esthétique soignée. La première esquisse de Perry est peu réjouissante : un homme crasseux, porté sur la bouteille, une mine effroyable ; c’est en prenant des photos compromettantes qu’il gagne péniblement sa vie. C’est son mentor, E.B. Jonathan (John Lithgow), qui va lui offrir en quelque sorte une renaissance : un job sur un dossier tragique, celui d’un meurtre d’enfant. Le bambin est retrouvé les yeux cousus.

Le personnage imaginé et dépoussiéré par Ron Fitzgerald et Rolin Jones, emprunte des horizons différents de celui de Raymond Burr, de la série originale CBS ; nous découvrons avant tout les origines du héros créé par Erle Stanley Gardner, de sa descente aux enfers à sa vocation. De ses bitures à son activité d’avocat apprise sur le tas, Mason se révèle être un homme chancelant, matraqué par le spectre de la Première Guerre. Un personnage campé de manière magistrale par Matthew Rhys, tout en intériorité, qui souffre en silence, avant d’évoluer vers un personnage tenace et pugnace.

Là est la grande force de la série : la distribution. Rhys en première ligne, Tatiana Maslany (Orphan Black), en prédicatrice, dans la peau de Sister Alice et liée à l’affaire des suites d’un complot religieux, brille quand elle partage l’écran avec Rhys. Chris Calk se démarque également, sous les traits d’un flic combattant ses supérieurs corrompus. Gayle Rankin, en mère endeuillée, ou le toujours excellent Shea Whigham dans la peau du partenaire de Mason, réussissent à densifier le récit.

Indirectement, « Perry Mason » rappelle « Boardwalk Empire », dans sa tonalité et sa réalisation. Facile quand on sait que Timothy Van Patten est à la mise en scène, déjà aux commandes de plusieurs créations HBO – citons encore les « Sopranos ». Cette fois-ci pas d’Atlantic City, l’élégance y est intacte, mais cette fois-ci elle tapisse les murs des quartiers incertains de Los Angeles.

Et même si l’affaire de meurtre constitue l’intrigue, c’est avant tout le voyage entre les différents protagonistes qui plaît. Une palette qui permet à Rhys de construire un personnage égaré : un gars marqué par la guerre, la cigarette au bec pour tuer le temps. « Perry Mason » est une belle réussite, s’enfonçant dans les noires ruelles des années 30, misant sur les vilenies de l’Homme, sur la corruption. Mais surtout les caractères énigmatiques des nombreux personnages. Le récit est furtif, déployant couche par couche une histoire qui s’appuie sur un Matthew Rhys étincelant, composant à lui seul le mystère de la série.