Possessions

Un jour de mariage qui part en vrille, alors que tout semblait si beau. Le mari a la gorge tranchée et la femme se retrouve sur le banc des accusés. Un thriller psychologique qui rappelle des auteurs tels que Polanski dans sa prose et sa fluidité. Dans le désert de Neguev, en Israël, une mère […]

Possessions

Un jour de mariage qui part en vrille, alors que tout semblait si beau. Le mari a la gorge tranchée et la femme se retrouve sur le banc des accusés. Un thriller psychologique qui rappelle des auteurs tels que Polanski dans sa prose et sa fluidité. Dans le désert de Neguev, en Israël, une mère brûle des habits comme pour annoncer un souvenir qu’on oublie, qu’on laisse partir en fumée pour mieux digérer. Dans cette nouvelle fiction franco-israélienne, ce sont des réminiscences, des incompréhensions, des actes qui ne font qu’épaissir le grand brouillard de la déflagration, émotionnelle cette fois-ci.

« Possessions », c’est une histoire simple : une jeune française expatriée à Tel Aviv, accusée d’avoir tué son mari en plein mariage, au moment de couper le gâteau. Et le crime ne paraît pas bien difficile à élucider, puisqu’elle est retrouvée le couteau à la main, après une coupure d’électricité, totalement désorientée, devant un parterre de témoins abasourdis. Confusion et interrogations au menu, dans un avancée étrange, voire métaphysique. Shachar Magen, épaulé par la romancière Valérie Zenatti, compose une atmosphère anxiogène, infusée au surnaturel. Esprit démoniaque ou simple menteuse aguerrie ? Le folklore vient imprégner l’histoire. On parle du dibbouk, un esprit démoniaque de la mythologie juive. Et Magen greffe ça à une veine « polanskienne » – le clin d’oeil à « Rosemary’s Baby » est évident – et nous entraîne dans une fascination autour de Natalie (Nadia Tereszkiewcz) : une énigme à elle seule. C’est exactement ce qu’un diplomate français, Karim (Reda Kateb), va ressentir dans cette enquête.

Happé par la complexité de l’affaire, intrigué par les agissements d’une mère désemparée, les différents bouts qu’il compile lui font perdre la boule ; une matriarche traumatisée par un mariage qu’elle voit comme un enterrement. Tout ça ne fait qu’amplifier les interrogations de Karim. Un mystère qui se languit dans la torpeur, courant parfois derrière une intensité qui fait défaut, mais le tandem Magen/Zenatti réussit à intéresser par l’épaisseur des secrets. Les couches sont nombreuses. L’aspect diplomatique vient saler tout ça, tout comme les multiples indices qui laissent croire que la « petite française », comme Natalie est prénommée par les enquêteurs israéliens, est plutôt la victime dans cette affaire. Valse des tourments et un Reda Kateb aux petits oignons, «Possessions» séduit par sa face fantastique, son aridité et son clair-obscur.