Run

L’amour aux trousses, l’amant passager, des appellations qui colleraient bien à la nouvelle création de Vicky Jones. Vicky quoi ? Vicky Jones, fréquente collaboratrice de Phoebe Waller-Bridge (« Fleabag »), est connue pour s’être fait la main sur « Killing Eve ».

Run

Rappelez-vous cette série ultra nominée, vieille de 2 saisons, bientôt 3. Show addictif qui pourrait bien avoir trouvé sa petite soeur : « Run », diffusée le 13 avril sur OCS, en US+24.

Ruby (Merritt Wever) est terrée dans sa voiture, la mine des mauvais jours, un tapis de yoga dans le sac et le regard fixe sur deux centres commerciaux Ralph’s & Target. Une chose est sûre: Ruby ne semble pas vraiment enchantée par son existence. Alors quand son téléphone portable vibre, un message apparait : « RUN », d’un certain Billy (Domhnall Gleeson). En furie, elle tente de sortir et claque la porte contre la voiture d’à-côté. Elle est piégée – au propre comme au figuré – et décide de courir prendre un avion, direction New York, pour retrouver ce mystérieux Billy.

Un amant oublié ? Pas vraiment. Billy et Ruby, Ruby et Billy, ce sont les tourtereaux d’un autre temps, d’une époque révolue, au béguin éternel. Tout laisser derrière soi pour retrouver son amour de jeunesse. Appuyer sur reset et se laisser embarquer dans un road trip de New York à Chicago, en passant par le fin fond des États-Unis. Un grand voyage romantique qui s’appuie sur les fragments du passé, d’infimes indices qui laissent planer le mystère de ce couple au pacte amoureux scellé 15 ans auparavant. Décomposer la réalité d’un fantasme de jeunesse, sorte d’idéal qui n’est pas (plus?) possible à étreindre. En découle une honnêteté, un rapport à l’impossibilité de se soustraire à sa vie actuelle.

La série au format ramassé, très dynamique – 8 épisodes de 30 minutes – mise sur une urgence liée au présent des deux fugueurs. Une femme fatiguée par son rôle de femme au foyer et un homme tiraillé par ses responsabilités. Le passé empiète sur le présent et nous renvoie à une embardée folle, qui s’avère parfois prévisible mais surtout intéressante par les hypothèses – l’authenticité d’un amour de jeunesse ? – que soulèvent cette union. « Run » marche grâce à une excellente Merritt Wever, aperçue dans « Unbelievable » sur Netflix, et Domhnall Gleeson (« Ex Machina », « Mother! »). Tandem de choc, surtout Wever, dans un rôle à contre-emploi, dont elle parvient à tirer une force comique qu’on ne lui connaissait pas.

« Run » a peut-être du mal à trouver son rythme au début, mais plus nous ressentons l’urgence incarnée par leur vie respective, plus l’histoire se bonifie en cadence et en jeu. De la comédie romantique nous passons au thriller. Fini le temps de rire et de batifoler, le voyage en train fait une halte précipitée. Vicky Jones propose un joli renversement des genres – l’épisode 5 comme gros tournant – et tout s’emballe dans un tourbillon imprévisible. La notion du contrôle n’est plus à l’ordre du jour. L’escapade romantique prend des allures cauchemardesques, et surtout la vérité ne peut plus se dérober. Pas si facile de fuir sa vie pour en recommencer une autre comme si de rien n’était.