The Outsider

The Outsider », le mal étranger. Stephen King couple l’horreur avec le polar sombre. « The Outsider », adaptation d’un roman de l’écrivain américain, trouve un élan si sombre, si délicieux qu’il est difficile de passer à côté de la nouvelle production HBO et visible sur OCS.

The Outsider

Sarabande funèbre d’un roman paru l’année dernière. Assassinat insoutenable d’un petit garçon pour amorce, où de nombreuses empreintes sont retrouvées sur les lieux. L’enquête mène vers un entraîneur de baseball, très apprécié dans le coin, avant que son alibi ne soit rapidement confirmé: l’homme était bien loin de la scène du crime, dans une autre ville à des centaines de kilomètres. L’enquête piétine et l’absence de Terry Maitland (Jason Bateman), le principal suspect, interroge les enquêteurs; Ralph Anderson (Ben Mendelsohn) en première ligne.

Les traits tirés de Ralph, le teint fade, le regard parfois hagard, entamé par la tristesse; il est l’incarnation du flic rongé. Jouant sur les teintes froides à l’image d’une série telle que True Detective, cette nouvelle production HBO maintient le spectateur dans un élan glaçant, incertain, noirci par le mal. Alors que le cadre se resserre sur des faciès incrédules, le récit nous emmène (toujours) un peu plus vers des sentiers inconnus. Le mystère règne dans cette petite ville nichée dans un coin de la Géorgie, aux États-Unis, où les grandes étendues et les fermes se noient dans le crépuscule. The Outsider est de cette veine où la culpabilité règne sur sa cour blafarde, en reine. Ben Mendelsohn, absolument extraordinaire, dans le même registre que son rôle dans « Bloodline » (Netflix), excelle à digérer son deuil, à tenter d’étouffer sa douleur. Dans l’autre camp, Jason Bateman dans le rôle de l’accusé, est indiscernable, parfois fantomatique au moment de se défendre.

Une vérité toujours plus floue, toujours plus dévastatrice, que Ralph décide de dénouer avec l’aide d’Holly Gibney (Cynthia Erivo)  Erivo est elle aussi excellente d’intériorité et de contrôle. Des identités qui se croisent pour une spirale infernale d’interrogations sans une quelconque réponse. The Outsider » glisse vers l’aliénation, la perte, l’obscurité insondable; avons-nous à faire à un psychopathe ou à un simple individu injustement écroué?
En adaptant King, Richard Price reprend certains codes de sa création précédente: « Night Of », également diffusée sur HBO. Mystère toujours plus opaque avant de devenir plus clair par de simples indices distillés au compte-gouttes. Alors quand le récit emprunte les chemins fétiches de King, c’est-à-dire le surnaturel, The Outsider s’offre un nouveau souffle exploité intelligemment par Price. Oui, le premier épisode se lance parfaitement, mais dès le second apparaît la faiblesse principale du show: son rythme lent et étiré. Se lovant dans une cadence molle dans un second épisode poussif, le 3ème prend en ampleur pour lancer la série sur de bons rails. Les pièces se mettent ensemble et nous content une histoire effrayante, emprunte de colère. C’est à ce moment que le titre prend un sens nouveau : quel que soit le mal, il n’est peut-être pas si étranger… Une série à dévorer.