The Plot Against America

Poignant portrait d’une famille juive face à l’oppression. Le front de l’intérieur, loin des terres meurtries du «Vieux Continent». David Simon , le créateur génial de «The Wire» ou encore de «The Deuce», et Ed Burns adaptent les écrits de Philip Roth sur fond de montée fasciste incarnée par le président Charles Lindbergh.

The Plot Against America

À l’image de «The Man in High Castle», HBO persévère, après Watchmen, dans l’uchronie.
Juin 1940, dans une ambiance rappelant «Jersey Boys» de Clint Eastwood, David Simon et Ed Burns s’emparent du roman de Roth pour déballer un récit où la révolte grimpe gentiment mais sûrement. À travers Herman Levin (Morgan Spector), un père de famille juif, remonté comme un coucou contre la montée au pouvoir de Lindbergh, l’histoire insère une résonance très actuelle. Car derrière la figure patriotique, l’aviateur chevronné, se trame une subtile montée de l’antisémitisme, berçant les remous des flots d’une haine toujours plus pesante au sein de la société américaine. Dans les foyers du New Jersey, la peur règne chez les Juifs américains. Exit Roosevelt, place à Lindbergh, 33ème Président des États-Unis, prêt à signer un pacte de non-agression avec Hitler.
Le bouquin mêlant éléments avérés et fictifs, ce qu’on nomme une uchronie, la série emprunte les mêmes sentiers. Rappelons que Lindbergh ne s’est jamais présenté, mais les discours entendus sont authentiques. Simon et Burns s’imprègnent de cette révolte un premier temps, avant qu’elle ne se couple avec une peur, une anxiété qui pousse la communauté juive à se recroqueviller sur elle-même. Alors que les tombes juives sont vandalisées, la famille Levin subit cette spirale infernale, spectatrice dans son petit salon du New Jersey. Il y a cette sensation d’isolement, de mise au ban. Les pensées politiques de Herman, furieux de voir Lindbergh au pouvoir, naissent et se perdent dans la solitude d’une communauté toujours plus exécrée au fil du récit.
The Plot Against America se greffe aux foyers juifs, aux quotidiens du quartier de Newark pour véritablement autopsier une dérive fasciste, pas si éloignée de notre époque actuelle. La politique vampirise les foyers, Elizabeth Levin (Zeo Levin) n’en peut plus d’entendre les paroles révoltées de son mari. Le frère, Alvin (Anthony Boyle) s’engage même, et se voit déporté à Londres. Un ras-le-bol pour Alvin, qui se traduit par un «je veux juste tuer des nazis» au moment de servir le… Canada, quitter l’Amérique pour le Canada, l’acte n’est pas anodin…
La série est très dense, très bavarde, de multiples discussions teintées d’humour et de colère se mélangent et créent cette sensation de terreur. Simon et Burns capturent des moments, des situations sur le fil du rasoir. Les aléas quotidiens d’une famille juive, une relation conflictuelle entre 2 frères, The Plot Against America est une montée graduelle d’un fascisme incarné par une personnalité ambiguë comme l’est Peter Lindbergh, connu pour être pacifiste, mais véhiculant une image (très) antisémite. Cette sensation d’oppression est parfaitement ressentie grâce à un excellent casting : Zoe Kazan d’une précision à couper le souffle , Morgan Spector, Winona Ryder, Anthony Boyle, John Turturro ou encore Caleb Malis dessinent un peu plus ce portrait d’une Amérique détestable. Un travail époustouflant !