The Third Day

Dennis Kelly avait pondu une sacrée série intitulée « Utopia ». De retour aux affaires, il imagine une mini-série aussi dérangeante qu’affolante esthétiquement. À ne rater sous aucun prétexte. Des pleurs sur « Dogs Days Are Over » de Florence + The Machine, ceux de Jude Law, père endeuillé après l’assassinat de son rejeton, Nathan. […]

The Third Day

Dennis Kelly avait pondu une sacrée série intitulée « Utopia ». De retour aux affaires, il imagine une mini-série aussi dérangeante qu’affolante esthétiquement. À ne rater sous aucun prétexte. Des pleurs sur « Dogs Days Are Over » de Florence + The Machine, ceux de Jude Law, père endeuillé après l’assassinat de son rejeton, Nathan. Sam (Jude Law) accoste sur l’île d’Osea, dans l’Essex en Angleterre. Une communauté un peu perchée, aux coutumes étranges et ancestrales, habite ce pan de terre. S’ensuit une brochette de secrets, que Sam tente de percer à jour. À force, ses propres secrets refont surface. Un passé trouble entaché par la mort d’un gamin. Une île qui peut libérer ce chagrin enfoui. « The Third Day » dessine les contours vertigineux d’une histoire faite de rituels à l’architecture violente, sèche. Des fragments d’un chagrin que Dennis Kelly et Felix Barrett étrennent par le prisme d’un dédale horrifique qui épouse les courbes d’un cauchemar, qui emprunte les sentiers d’un rêve avant de se transformer en angoisse.

Traverser les eaux (troubles?) pour accéder à une île mystérieuse, où les habitants accrochent un sourire malicieux : cet endroit n’est pas une terre d’accueil. Les mouettes et les vents tourbillonnants, Sam est catapulté dans l’inconnu, dans une quête intérieure qui ne cesse de l’entraîner vers la paranoïa. Ces visages filmés tels des portraits englués dans le flou se mouvant en arrière plan. Difficile de ne pas goûter au trip hallucinatoire, au délire psychotique qui déballe un labyrinthe émotionnel. Les traits de Jude Law, absolument parfaits, ne font qu’accentuer cette sensation de fatalisme, de douleur insurmontable, mais surtout d’inconfort grandissant. La série s’attelle à appuyer cette illusion de vivre dans une autre dimension, là où les joies éphémères s’entremêlent avec les chagrins éternels. Sillonner cette île vous dévore les entrailles. Une quête de symbolisme qui s’étend, vous retirant la moindre chose qui vous est chère. L’environnement est un personnage à part entière: tout respire, la terre pulse, inspire et expire le trouble, le mal, expulsant une détresse qui réveillerait les morts… Du désir et du frisson à l’horizon, « The Third Day » a tendance à jouer avec nos sens. Derrière une plastique prodigieuse, d’une beauté si saisissante qu’on en oublierait l’intrigue, l’immersion dans la rosée des forêts déversant les contagions de la solitude tend vers le traquenard maléfique. L’objectif se resserrant sur des visages aux traits toujours plus tirés, les esprits et les réflexions commencent à dénouer le noeud imaginé par Kelly et Barrett. Une intrigue qui se divise en 2 parties, à travers 2 regards, passant de Sam à Helen (Naomie Harris) – les 2 destins se recoupant par la force des choses.

« The Third Day » est un tout, un genre de monde parallèle brûlé par les feux ardents – une déflagration venue d’ailleurs. Une étrange percée que Jude Law éclabousse de toute sa maîtrise, à l’instar de Katherine Waterston, Emily Watson ou encore Paddy Considine également excellents. Comme cette mise en scène brumeuse, dérangeante, tel un éclair silencieux, la nouvelle pépite co-produite par HBO et Sky ne manquent pas d’arguments, au pluriel, s’il vous plaît.