Westworld

«Westworld», partition somptueuse. Enfin ! Après le clap de fin du 24 juin 2018, « Westworld » réouvre ses portes pour une 3ème saison. Lisa Joy et Jonathan Nolan, le duo à la baguette, procèdent à une course effrénée entre réel virtuel. Une 3ème mouture loin du parc, qui prend désormais forme dans le monde réel.

Westworld

Un retour aux affaires somptueux, vertigineux quand le récit s’emballe, quand Dolores et cie déferlent dans une histoire toujours aussi dantesque. Dolores contre le reste du monde ? La question se pose. La saison 3 est une confrontation du monde réel et du parc ; les hôtes contre les humains.

Le premier épisode s’amorce en 3 axes principaux : Dolores (Evan Rachel Wood), Bernard (Jeffrey Wright) et Caleb (Aaron Paul), le nouveau venu. C’est ce dernier qui ouvre les feux. La mine des mauvais jours et l’esprit ailleurs, Caleb est hanté par son passé, laissant l’épisode dessiner les contours d’un portrait mélancolique d’un homme qui n’a pas été épargné. La première saison était symbolisée par un grand labyrinthe – métaphoriquement -, la seconde représentait une porte – la porte sur un nouveau monde -, la troisième pousse le spectateur à entrer dans une grande illusion teintée de spiritualité. Toujours rythmée par une imagerie religieuse, « Westworld » s’équilibre entre un ton plus spirituel et l’intelligence artificielle, entraînant bien sûr solitude et réflexions. Caleb, encore lui , personnage « réel », avance et se perd dans cette solitude, de plus en plus tiraillé par cette infime frontière entre le réel et le virtuel. Vrai ou faux ? « Westworld » s’actionne dans cette grande illusion, entre hôtes et humains, reflet d’une réalité transformée. La vision complexe entre notre propre réalité et un mirage virtuel, pour sceller le sort de l’humanité. Un équilibre qui en devient sensoriel, bercé par une bande-son furieuse, différente des premières saisons, plus cyber-punk, délaissant les airs mélancoliques signés par Ramin Djawadi. Ce rapport à la réalité et à la technologie s’enroule dans cette résonance spirituelle, louvoyant autour de Dolores, personnage central, animée par la violence et la vengeance.

Dolores en maître d’orchestre, prête à exterminer la race humaine : l’action prend en épaisseur. Westworld s’élève au milieu des relents vengeurs, se détourne du passé pour extraire un message : le passé est loin, place au devenir. Cette troisième saison joue avec nos sens, avec notre perception d’une réalité toujours plus nébuleuse. Dans une sorte de croisement entre « Blade Runner » et « Black Mirror », Evan Rachel Wood se sublime. Excellente, elle rend une copie immaculée dans la peau de Dolores. Tout comme Aaron Paul, très bon dans son costume d’individu dépressif et déboussolé par ce sentiment d’évoluer dans un monde qui n’est pas le sien. Des personnages aux différentes facettes, rappelant que Joy et Nolan ont créé une série mastodonte, vertigineuse quand elle convoque spiritualité et philosophie. Les travers d’une société perverse, engluée dans son passé, nageant dans le deuil et la perte, fonçant dans l’inconnu et vers un final palpitant. Westworld  réussit à se renouveler, à ouvrir un troisième chapitre qui propulse la série HBO dans la catégorie des séries d’exception.